jeudi 28 juin 2012

Tuerie de Sedan : « Le Hollandais » mime le meurtre d'un couple de Belges

Hier, Martijn De Haan, 39 ans, s'est livré à la reconstitution du double meurtre « du château du Fresnois » à Sedan. « Le Hollandais » a refait les gestes de cette funeste soirée du 16 septembre 2011 au cours de laquelle il a abattu un couple de Belges, au terme d'une transaction immobilière douteuse.

Hier matin, policiers et gendarmes bouclent les accès qui mènent au « château du Fresnois » à Sedan. Des hommes en tenue cernent aussi les quatre coins de la vaste propriété dissimulée derrière un écran de verdure, théâtre de la tuerie du 16 septembre 2011. Vers 10 heures, les policiers du SRPJ de Reims, pilotés par la juge Jacquemet, cheminent aux abords de la bâtisse aux côtés de Martijn De Haan.

« Le Hollandais », âgé de 39 ans, est incarcéré depuis le 21 septembre dernier, mis en examen pour l'assassinat de deux Belges. Les corps de Miguel Soares, un homme d'affaire de 36 ans, et de Joséphina Cali, une Liégeoise de 37 ans, avaient été découverts en lisière de la vaste propriété, dissimulés dans des taillis.
La Porsche et la montre
À l'époque, les policiers de la PJ de Reims ne tardent pas à soupçonner Martijn De Hann d'être à l'origine des crimes. Ils disposent d'un double signalement. Un couple de riverains affirme avoir vu une Porsche sombre barrée de plaques belges à l'entrée d'un chemin qui mène à l'arrière de la propriété du Fresnois, le 16 septembre en soirée. Pour sa part, la police municipale a contrôlé une Porsche Carrera 4 S noire immatriculée en Belgique pendant le week-end. « Le Hollandais », à pied depuis de récents déboires financiers sur fond d'escroqueries, était au volant.


La piste est d'autant plus intéressante que Martijn De Haan s'est présenté en compagnie d'un couple de Belges chez un notaire du Sedanais pour conclure un compromis de vente, ce même 16 septembre. L'ex-propriétaire du « château », acculé par les dettes, aurait tenté de céder la bâtisse et son parc à un certain Miguel Soares. Cet homme d'affaires belge à la réputation sulfureuse a été condamné dans son pays dans le cadre d'une sombre affaire de racket.
Martijn De Haan est placé en garde à vue le 19 septembre. Les hommes du SRPJ de Reims veulent éclaircir dans quelles conditions il s'est retrouvé en possession de la Porsche belge. « Le Hollandais » raconte une curieuse histoire. Les Belges seraient repartis chez eux depuis « le château » avec une connaissance, lui laissant le véhicule en attendant leur retour. Cette version initiale est d'autant moins crédible que les policiers découvrent la carte de crédit de la femme cachée dans une de ses chaussettes. Chez lui, ils mettent la main sur les téléphones portables des victimes. Il porte même à un poignet la montre de Miguel Soares, une Audemars Piguet à environ 25 000 euros.


Accablé par les indices, Martijn De Haan craque au fil des auditions. Il explique s'être rendu une seconde fois « au château » avec les Belges après le rendez-vous chez le notaire. Le litige, lié à la transaction immobilière douteuse, a alors pris une tournure dramatique. Les menaces cèdent la place aux coups. C'est à ce moment crucial où tout bascule que la juge Delphine Jacquemet exige de De Haan qu'il mime sa version des faits.
Elle veut déterminer comment il a désarmé son adversaire, porteur d'un pistolet de calibre 7,65 selon ses dires. « Le Hollandais » s'exécute sous les yeux de son avocat, Me Ahmed Harir, du procureur adjoint de Reims, Laurent de Caigny, et de l'avocat de la famille Cali, Me Pascal Ammoura.

Trajectoire des balles
Le médecin légiste et l'expert en balistique entrent en scène alors que l'arme de poing donne l'avantage à Martijn De Haan. Ce dernier montre comment il ouvre le feu à cinq reprises. Trois balles qui percutent le ventre de Miguel Soares et une dernière en pleine nuque qui achève de le tuer. Une balle, aussi, qui fauche Joséphina Cali, touchée au flanc. Il s'agit de vérifier si la scène de crime est en concordance avec la version du suspect en fonction de la trajectoire des balles, des indices recueillis, de la position des victimes et du tireur lui-même.

Achevée avec la crosse
Le dernier acte de la tuerie mimée par Martijn De Haan est aussi la plus sordide. Il a dû refaire le geste qui l'a conduit à achever Joséphina Cali, victime collatérale d'un différent sanglant auquel elle était étrangère. Découvrant qu'elle était toujours en vie, Martijn De Hann reconnaît lui avoir asséné un coup de crosse fatal en pleine tête. Seulement, les lésions observées par le légiste sont à ce point atroces qu'elles semblent être la résultante d'un acharnement. Ce que conforte l'état de délabrement du pistolet, avec son chien métallique déformé.


Dans le courant de l'après-midi, la reconstitution se poursuit avec l'étape ultime consacrée à la dissimulation des corps. C'est là qu'intervient Jean-Paul, l'ex-beau-père d'une ex-petite amie « du Hollandais ». C'est lui qui, dans la nuit, est venu prêter main-forte pour déplacer le cadavre de Miguel Soares - un colosse d'1,90 mètre pour 130 kg - à travers champ. Martijn De Haan avait bien tenté de le déplacer seul en le basculant sur un châssis de fenêtre, mais il s'était épuisé pour rien. Au cours d'une audition, il a dit avoir voulu cacher les corps pour éviter que des enfants soient confrontés à cette vision d'horreur. Ce qui n'est pas impossible. Car s'il avait voulu effacer toutes traces de ses crimes, il n'aurait sans doute pas paradé au volant de la Porsche ou encore conservé les objets personnels de ses victimes. Sauf à ce que la cupidité soit à ce point ancrée en lui qu'elle puisse devenir morbide.
http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/tuerie-de-sedan-le-hollandais-mime-le-meurtre-dun-couple-de-belges

Aucun commentaire: