samedi 19 mai 2018

Infanticide : colère et haine d’un père

«Je n’aurais pas pu être plus heureux. » Ce qui a réjoui à ce point Frédéric Lux, 52 ans ? La réponse est tétanisante : la mort de son ex-épouse, Muriel Schroer. Elle avait 48 ans et a mis fin à ses jours le 1er  mai dans sa cellule de la prison de Nancy.
Elle était détenue depuis un an. Depuis mai 2017. Depuis qu’elle a tué sa fille de 9 ans, Alizée. Elle l’a étouffée avec un coussin dans sa voiture, près de Sarrebourg, en Moselle.
« J’ai appris ce qu’elle a fait le lendemain. Je l’aurais eue en face de moi, ce jour-là... », se souvient Frédéric Lux, le père de la petite Alizée. Un an après le crime, il reste un homme « en colère ». Pas de pardon. Pas de compassion. Encore et toujours « de la haine ». Pour son ancienne compagne. Mais pas seulement.
« Elle n’est pas la seule responsable du drame », analyse le quinquagénaire, ex-antiquaire du côté de Thionville, aujourd’hui installé à Carcassonne. Il en veut « à tout le système judiciaire ». À commencer par les policiers de Thionville.
Car c’est vers eux qu’il s’est tourné en premier lorsqu’il n’arrivait plus à voir sa fille après la séparation. « Je suis allé porter plainte à de multiples reprises pour non-présentation d’enfant. Mais les policiers haussaient les épaules, étaient parfois compatissants, mais ne faisaient jamais rien », attaque Frédéric Lux.

« Personne n’a tenu compte de ce que je racontais »

Le père d’Alizée est aussi remonté contre les gendarmes de Frouard. Ils l’ont pourtant blanchi lorsque la mère de l’enfant, qui s’était installée dans leur secteur, l’a accusé d’avoir violé leur fille et de l’avoir harcelée. « Mais lorsque j’ai déposé de nouvelles plaintes auprès d’eux, cela n’a rien donné non plus. Alors qu’ils connaissaient la mère, ils savaient qu’elle n’était pas bien psychologiquement », accuse Frédéric Lux.
Celui-ci est aussi et surtout très remonté contre l’ancien procureur de Nancy, dont les services ont classé sans suite ses plaintes répétées. Au point qu’il n’a pas hésité, récemment, à déposer une ultime plainte... carrément contre le procureur pour « complicité de meurtre ». L’action a peu de chance de prospérer et relève plus du symbole.

Privé de procès

« Personne n’a jamais tenu compte de ce que je racontais, du fait que je voyais ma fille maigrir et dépérir et que je pensais qu’elle était en danger », proteste Frédéric Lux. La réalité est plus complexe (lire par ailleurs). Il y a bien eu des enquêtes mais elles ne sont pas parvenues à démêler le vrai du faux, entre les accusations du père et celles de la mère. Les services sociaux sont également intervenus. « Ils se sont d’ailleurs bien rendu compte que Muriel Schroer souffrait d’une profonde dépression et qu’elle vivait dans des conditions d’hygiène limite. Mais ils n’en ont pas tiré les conséquences. Pourquoi ? Un procès aurait permis de s’interroger là-dessus », réagit Me  Dominique Tallarico, l’avocate du père.
Mais le suicide de Muriel Schroer prive son client d’un procès. Ce qu’il ne regrette toutefois pas vraiment : « Je redoutais d’apprendre des détails sordides durant les débats. » Son avenir, maintenant que le dossier pénal est définitivement clos ? « M’occuper du souvenir de ma fille », lâche Frédéric Lux, qui envisage d’écrire un livre. Une manière, peut-être, de tourner la page de la haine.



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